Pertuiset est un drôle de chasseur de lions, qui détient ce « titre » par lègue, avant d’avoir jamais rien croisé de plus sauvage que les chats de Montmartre. Décidant de
mériter cette hérédité hasardeuse, il s’envole pour l’Afrique à la rencontre du plus dangereux des animaux. Mais lorsque son heure de gloire arrive, il s’endort dans les arbres les soirs de
chasse, se fait voler sa proie, ou se coince la tête dans un arrosoir en voulant imiter le lion noir.
De mensonges en délires, il finit par monter une expédition rocambolesque en terre de feu pour retrouver l’or des incas, à l’endroit que lui a indiqué sa fiancée, suite à une séance d’hypnose des
plus douteuses.
Il est aventurier, c’est certain, on ne peut lui enlever cela : sa fougue, sa persévérance, sa soif de découverte, malgré les échecs, malgré les rires et les moqueries.
Sa vantardise est à l’image de sa gigantesque carrure, trop grande, trop grosse, maladroite et, bien qu’amusante, foncièrement inutile.
Pourtant, ce lourdaud Tartarin de Tarascon est ami du fin Manet. L’anticonformiste, l’intelligent, l’érudit et sensible Manet.
Les liens d’amitié recèlent parfois des mystères aux retombées improbables. Pertuiset passant à la postérité non par ses faits d’armes absurdes, mais par sa condition de sujet du maître dans le
tableau « Un chasseur de lions ».
A travers la figure de cet aventurier fantasque oublié, c’est tout le XIXème siècle que l’auteur fait revivre, et surtout le Paris des artistes mi-bourgeois mi-révolutionnaires. La commune, le
siège de Paris, la naissance de l’impressionnisme, le rejet et l’admiration de ces artistes d’un genre nouveau, leurs relations complices, effervescentes, autant qu’exigeantes et sans
compromis.
Les faits sont précis, souvent amusants, toujours intéressants, comme la langue. La présence du narrateur-écrivain, sur les traces du héros, laisse comme une traîne de mélancolie, pas franchement
utile au récit, mais tout à fait sensible et prégnante. Un roman tragico-comique agréable.
Editions du Seuil, 235 pages
Rentrée Littéraire
2008
Appréciation :
Nouvelles du fond d'un univers singulier, celui d'un Laurent Gaudé à l'écriture forte et poignante. On est comme happé par ces petites
histoires sans fin dans lesquelles l'on prend plaisir à tourner en rond aussi vite qu'elles sont menées.
Décidément, on aime !
Du même auteur : La porte des enfers, La mort du roi Tsongor
Editions Actes Sud, 160 pages
Appréciation :
Dans la famille
Stern, les choses tournaient plus ou moins rond, avant le décès de l’oncle, Charles, vénal et méprisant, frimeur et décadent, en tous les cas aux dires de son frère, Alexandre. Ce frère,
justement, qui hérite de la fortune de Charles, a vite fait d’oublier ses bigoteries et ses principes fondamentaux, pour s’adonner au luxe et à la volupté.
Son fils Paul regarde tout cela avec circonspection, et se perd rapidement lorsque son épouse, en désuétude, au bord de la rupture, décide d’entamer une cure de sommeil pendant laquelle, enfin,
plus personne ne pourra lui parler.
Il décide alors de sauter sur l’occasion d’une proposition professionnelle qui a l’avantage de se dérouler très loin de sa famille : partir à Hollywood écrire l’adaptation d’un scénario français
pour le marché américain.
Il rencontre là-bas le double de sa femme, avec 30 ans de moins, la vie et l’amour en plus, et tente, comme il peut, de vivre dans ses mondes parallèles, de suivre un chemin qui n’est pas le
sien, sans rien espérer de sa destination. Mais à jouer avec ses reflets, on finit forcément par se voir à l’envers, et les situations ont tôt fait de se retourner avec le plus grand naturel.
Jean-Paul Dubois manie allègrement les jeux de miroir, les pertes de ses personnages, leurs paradoxes, leurs petites hypocrisies quotidiennes, les mensonges et les non-dits, pour décrire des vies
qui tiennent debout par la force de ces petits accommodements que tout à chacun fait avec lui-même. Un bon roman, qui aurait gagné à rester sur le mordant des premiers chapitres.
Editions de L'Olivier, 260 pages
Rentrée Littéraire
2008
Appréciation :
Il arrive qu’ils passent la porte de notre boutique, avec un petit air un peu timide, attendant sagement dans un coin que les vrais clients (ceux qui achètent des livres) nous
laissent le loisir de s’intéresser à eux. Ils, ce sont les pas connus, les premiers romans à compte d’auteur, les autobiographies et parfois aussi les poètes.
Aujourd’hui, Brigitte Baurens est venue nous proposer un recueil à la couverture bleue appelé « Naissance ».
Après lecture, il s’agirait peut-être de la sienne de naissance ou de re-naissance.
Mais il s’agit sans nul doute de textes d’une sincérité et d’une sensibilité à découvrir, et à partager, comme c’est son souhait.
De très belles images, des textes denses, et une profondeur à chercher comme on soulève les cailloux, pour y trouver parfois des larmes, parfois des
trésors.
« Ses yeux s’ouvrent comme des fleurs.
Le gant des années lui est ôté.
Princesse silence, elle présente sa main aux gouttes de pluie.
Sur le bord de l’eau, la robe des vents dessine les plis bleus
d’une vague.
Même nue, elle n’aura plus peur. »
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La Muse agitée vous propose |
Notre coup de coeur jeunesse de l'été, Les cavaliers des lumières,
s'exporte aujourd'hui sur Internet.
Forts du succès du premier tome (Le règne de la barbarie), les auteurs préparent la sortie du second pour novembre (La voie des chimères), et, en attendant, proposent un blog
d'échange et de jeu-concours autour de cette saga mêlant univers "online" et Fantasy.
L'adresse : http://cavaliers-des-lumieres.skyrock.com
La Muse vous reparlera très prochainement de cette
aventure et de ses auteurs, et souhaite une excellente route à ces cavaliers fantastiques !
Résumé de l'éditeur :
Théodora est une joueuse online hors pair. Elle a atteint un niveau record contre les " Barbarians Killers " et elle fait désormais partie du clan des " Cavaliers des lumières ", les cinq
meilleurs joueurs mondiaux. Mais Théodora détient la preuve que les " Barbarians Killers " s'incarnent sur terre et qu'ils ont pour mission d'éliminer tous les cavaliers ! La jeune fille et ses
compagnons découvrent peu à peu qu'ils sont aussi de redoutables guerriers.
Sonia a 13 ans. C’est l’été à Nice, les grandes vacances pendant lesquelles l’enfant va grandir et raconter un moment charnière de son
existence.
Elle porte à bout de bras l’obsession d’une grand-mère russe un brin paranoïaque. Car, cette babouchka qui se prend un peu pour la doublure lumière d’Anastasia Romanov, dit « connaître » le
secret du massacre de cette famille en 1918. Certaine d’avoir des révélations capitales à faire à ce sujet, la grand-mère adresse de nombreuses missives au directeur de la revue Historia, qui
bien sûr ne lui répond pas. Excessive et orgueilleuse, fière de ne pas oublier qui elle est et d’où elle vient, la babouchka vit dans ses souvenirs, reçoit d’autres vieilles copines exilées
russes tout aussi nostalgiques. Elle transmet à sa petite fille une mémoire encombrée de drames et de fantômes.
L’héritage est lourd pour une Sonietchka qui aurait préféré s’appeler Camille et vivre avec un papa et une maman plutôt que dans cet univers poussiéreux et totalement décalé des réalités.
Car Sonia n’est pas une enfant désirée, plutôt un accident de parcours.
Sa mère fuyante, refuse les attaches et son père préfère ignorer qu’il a une fille. Alors il reste cette grand-mère russe que Sonia protège comme une perle rare, que Sonia «supporte »
parfois avec son folklore suranné, mais qui, elle, est absolument présente.
Il y a un accident de vieillesse qui oblige la jeune fille a prendre cet été là des initiatives et des responsabilités qu’aucun autre adulte n’aura jamais pris pour elle. Il y a la tendresse avec
laquelle Sonia protège sa babouchka, le regard que porte l’adolescente sur le monde qui l’entoure, sur sa ville, sa liberté découverte d’être elle-même et ce qu’elle acceptera de recevoir des
autres.
La jeune fille intégrera sa généalogie comme une singularité qui marquera le début d’une nouvelle Sonia, prête à construire sa propre destinée.
Le roman est drôle, coloré comme un châle Russe, avec des personnages cocasses et vraiment très attachants. L'un des très bons romans de cette rentrée littéraire.
Editions Grasset, 250 pages
Rentrée Littéraire
2008
Premier chapitre du livre
Du même auteur : Un si bel avenir, Sa passion
Appréciation :
En 1679, Louis XIV crée au sein du système judiciaire, une « chambre ardente » qui doit s’occuper d’enquêter sur les meurtres par empoisonnement qui semblent se répéter de
manière alarmante jusque dans l’entourage du Roi. Nicolas Gabriel de La Reynie suit toutes les pistes, chacune des rumeurs que le tout Paris colporte : messes noires, sacrifices, meurtres,
trahisons, complots … Or ce qu’il découvre dépasse de loin ses pires cauchemars. La chambre ardente commence à juger, torturer et exécuter les premiers accusés, mais les fils qu’il déroule
l’emmènent toujours plus haut dans les couches de la société, jusqu’à l’entourage le plus proche du Roi, jusqu’à La Montespan même, maîtresse officielle et mère d’enfants légitimés par Louis
XIV.
Dans un court récit, Max Gallo relate l’affaire des poisons, l’un des premiers et des plus affreux scandales d’Etat. Avec sa facilité d’écriture habituelle, il embarque le lecteur dans
les méandres de cette histoire invraisemblable, qui fait pourtant partie de l’Histoire de France. Et c’est tout le plaisir que l’on en retire : l’aspect distrayant n’enlève rien à ce que l’on
apprend, et inversement.
Editions Fayard, 160 pages
Rentrée Littéraire
2008
Appréciation :
Lorsqu’un inconnu débarque chez lui sous un pretexte douteux pour venir mourir indécemment dans son salon, Baptiste Bordave se demande légitimement quoi faire. De fil en
aiguille, d’hypothèses en conjectures, il en vient à remettre en cause sa petite vie inutile, et à décider d’en changer, de prendre celle qui est là étalée devant ses yeux : celle du mort. Ni une
ni deux, une usurpation d’identité plus loin, le voilà dans sa nouvelle voiture, un bolide, en route pour sa nouvelle demeure, luxueuse, à la rencontre de sa nouvelle femme, sublime. Il joue sur
les mots et les quiproquos pour prendre place dans cette nouvelle vie, et entame une relation enrichissante, à base de champagne et de confidences, avec cette épouse patiente et douce, superbe et
discrète. Que cache-donc la facilité avec laquelle Baptiste a pu devenir Olaf ? Où le mènera ce petit jeu qui semble dériver vers des dangers insoupçonnés ?
Comme à chaque rentrée littéraire, le nouvel Amélie Nothomb est là, tel un fruit de saison. Comme d’habitude, le scénario se tient, les idées s’enchaînent, le tout se lit en un rien de
temps, et l’on passe un bon moment, que l’on aura assez vite oublié. Voilà une comédie légère et piquante, qui ferait un bon téléfilm, avec ses idées originales, ses situations incongrues, et
deux ou trois bonnes répliques. Et même si l’on peut regretter que l’auteure ne mette pas son talent plus à l’épreuve, on peut se l’avouer : c’est bien cette superficialité calculée que l’on est
venu chercher, et que l’on retrouvera avec plaisir mais sans passion au prochain Nothomb.
Editions Albin Michel, 170 pages
Rentrée Littéraire
2008
Appréciation :
Italie, 1527. La peste frappe le pays. Un homme s’est enfui de Florence où la maladie sévit, et arrive aux portes d’une petite ville toscane encore épargnée.
Cet homme est un prince, un conseiller des rois, un homme de lettres, de connaissances, un être qui a longtemps eu droit de vie et
de mort sur ses congénères par sa simple parole.
Il connait le monde, il connait la vie, et surtout la mort, il connait les hommes, et leurs vices, il connaît le pouvoir, ses rouages, ses limites, ses devoirs, ses droits et ses excès.
Cet homme est Machiavel. Il se croit encore Prince sans doute. Mais il vient de Florence la maudite, et plus rien ne compte. Ses titres sont sans valeur, ainsi même que ses diamants.
La peur a raison de tout, et lorsque le peuple n’ose plus boire ni manger, l’argent et le pouvoir n’ont plus de signification.
Le Prince Machiavel est littéralement mis à nu, on l’observe, on cherche les petites tâches grises, on n’en trouve pas, puis on le fait rentrer dans la ville.
Quelques jours passent, et la mort s’abat à nouveau. Elle rôde dans la cité, s’insinue dans chaque recoin, s’engouffre, et finit par s’établir en maîtresse sur son nouveau royaume.
Lorsque brûler les cadavres ne suffit plus, on s’en prend aux vivants qui les ont approchés, aux sorcières, aux juifs, aux parias, à tous ceux qui pourraient représenter la cause de ces
malheurs.
Lorsque même les bourreaux ont peur de la mort, c’est que la barbarie a atteint son âge de raison.
Machiavel se cache, rôde, un couteau en main, trouve refuge dans une auberge abandonnée, et tente comme il peut de survivre à ce cauchemar.
Il sauve un jour une jeune fille de la torture et des flammes. Une jeune fille qui montre manifestement les signes avant-coureurs de la peste. La sauver, c’est déjà s’attacher.
Il la protège, la soigne tant qu’il peut. Il l’aime.
Voici probablement l’ovni littéraire de la rentrée. Christophe Bataille imagine les jours de Machiavel lors de la peste de 1527, en se basant sur ses écrits.
Il lui crée cet amour, le dernier, celui peut-être de la rédemption.
Derrière l’anecdote, c’est Machiavel lui-même qu’il réinvente, réhabilite. L’homme qu’il fut, au-delà de l’image populaire qui en est restée.
Un homme hanté, qui a peur, qui veut vivre, qui aime encore, qui observe, qui pense et qui s’émeut.
Ce n’est pas un diable humanisé. C’est un homme, tout simplement. Et voilà l’autre partie de ce roman mystérieux : une réflexion imagée et implicite sur la condition humaine.
La langue est riche, soutenue, très belle, à la fois classique et moderne. C’est un long rêve que nous propose de visiter l’auteur. Un long rêve qui s’éternise dans une réalité imaginée. Certains
le trouveront impénétrable, sans doute. On se dit que Christophe Bataille est trop ambitieux. Et puis on termine le livre sans même s’en rendre compte, et on loue son auteur de nous offrir
quelques bouts de ses ambitions démesurées.
Editions Grasset, 215 pages
Rentrée Littéraire
2008
Appréciation :
Ce n’est pas seulement dessous que nous propose d’aller y voir Claire Castillon, mais aussi derrière, au travers, à l’envers, à l’intérieur et en-dedans.
Un voyage intime dans la vie d’une femme qui écrit comme elle pense et ce n’est ni lisse, ni dépourvu d’ironie, d’autant qu’elle n’hésite pas à nous prendre sans pudeur comme confident.
Cette femme-là ne sait pas aimer. Elle a beau essayer, elle n’y arrive pas.
Elle est irriguée du sang des générations précédentes. Le sang transportant une malédiction familiale qui fait des femmes de « bonnes ânesses dévouées et soumises ». L’homme du livre
est donc tout naturellement baptisé « l’âne » dès la première page.
Tout au long du récit, l’auteure alterne les paragraphes narrant sa vie présente avec ceux de son passé de petite fille appesantie de solitudes.
Cherche-t-elle une paraphrase à son incapacité à vivre aujourd’hui l’amour ?
Y voit-elle une sorte d’excuse plausible, acceptable, imparable ?
Il faut aimer le sens de l’observation que déploie Claire Castillon, il faut aimer son exigence, son inspiration, la couleur de ses mots embrochés parfois avec poésie. Il faut aimer
plonger dans la marre au canard de ce monde immergé dont on ne pourrait apercevoir que l’îlot. Il faut aimer être un peu voyeur.
Alors, on lit cette aventure sentimentale qui s’essaye à durer et à être belle et unique, puis la suivante qui se profile inévitablement, avec les yeux d’une auteure fantasque,
égocentrique et impertinente.
Editions Fayard, 230 pages
Rentrée Littéraire
2008
Du même auteur : Pourquoi tu m'aimes pas ?
Appréciation :
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Pierres de mémoire, Kate O'Riordan
Une femme sans qualités, de Virginie Mouzat Le voyage dans le passé, de Stefan Zweig
Le tigre blanc, de Aravind Adiga
Le secret de Caspar Jacobi, de Alberto Ongaro Battement d'ailes, de Milena Agus Journal, de Hélène Berr La Route, de Cormac Mc Carthy |
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La tombe du tisserand, Seumas O'Kelly |
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