L'homme qui tombe, de Don DeLillo
Sorti de l’enfer des tours du World Trade Center, Keith revient à l’appartement de son ex-femme, couvert de cendres et de sang, divaguant à moitié, comme par instinct, une mallette qui ne lui appartient pas dans la main. « L’après » se déroule tout seul, sans heurt et sans volonté, chacun suit les traces de ses névroses et retourne sans cesse sur ses pas. Si Keith reprends une vie de famille depuis longtemps abandonnée, c’est dans les bras d’une autre rescapée qu’il tombe, comme sa femme tombe dans les oublis de ses patients atteints d’Alzheimer, qui font tout pour se rappeler comment c’était avant. Mais c’est comme si « avant » n’existait plus pour personne. L’apocalypse semble née le 11 septembre et ne cesse de s’étendre, moins chaotique que méthodique. Les vies ne se reforment pas tout à fait, et chacun est cet « homme qui tombe » des toits ou des gares, dans une mise en scène macabre et dérangeante, de « l’art de rue » pour crier en silence un mal-être touchant toute l’Amérique.
Don DeLillo retrace avec un grand talent les névroses de ses personnages, d’une plume sensible, aussi trouble et nerveuse que cette Amérique assommée de l’après 11 septembre, ce colosse qui vient de s’apercevoir que ses pieds sont d’argile. Voilà un témoignage rare de la culture américaine telle qu’elle se redéfinit depuis 2001.
Appréciation :
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