Un chasseur de lions, de Olivier Rolin
Pertuiset est un drôle de chasseur de lions, qui détient ce « titre » par lègue, avant d’avoir jamais rien croisé de plus sauvage que les chats de Montmartre. Décidant de mériter cette hérédité hasardeuse, il s’envole pour l’Afrique à la rencontre du plus dangereux des animaux. Mais lorsque son heure de gloire arrive, il s’endort dans les arbres les soirs de chasse, se fait voler sa proie, ou se coince la tête dans un arrosoir en voulant imiter le lion noir.
De mensonges en délires, il finit par monter une expédition rocambolesque en terre de feu pour retrouver l’or des incas, à l’endroit que lui a indiqué sa fiancée, suite à une séance d’hypnose des plus douteuses.
Il est aventurier, c’est certain, on ne peut lui enlever cela : sa fougue, sa persévérance, sa soif de découverte, malgré les échecs, malgré les rires et les moqueries.
Sa vantardise est à l’image de sa gigantesque carrure, trop grande, trop grosse, maladroite et, bien qu’amusante, foncièrement inutile.
Pourtant, ce lourdaud Tartarin de Tarascon est ami du fin Manet. L’anticonformiste, l’intelligent, l’érudit et sensible Manet.
Les liens d’amitié recèlent parfois des mystères aux retombées improbables. Pertuiset passant à la postérité non par ses faits d’armes absurdes, mais par sa condition de sujet du maître dans le tableau « Un chasseur de lions ».
A travers la figure de cet aventurier fantasque oublié, c’est tout le XIXème siècle que l’auteur fait revivre, et surtout le Paris des artistes mi-bourgeois mi-révolutionnaires. La commune, le siège de Paris, la naissance de l’impressionnisme, le rejet et l’admiration de ces artistes d’un genre nouveau, leurs relations complices, effervescentes, autant qu’exigeantes et sans compromis.
Les faits sont précis, souvent amusants, toujours intéressants, comme la langue. La présence du narrateur-écrivain, sur les traces du héros, laisse comme une traîne de mélancolie, pas franchement utile au récit, mais tout à fait sensible et prégnante. Un roman tragico-comique agréable.
Editions du Seuil, 235 pages
Rentrée Littéraire 2008
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