Un petit café Monsieur Collet ?
Depuis notre installation à Vallauris le 3 décembre dernier, nous avions doucement pris l’habitude de voir entrer d’un pas décidé dans le magasin, deux moustaches surmontées de deux yeux vifs et rieurs. Roger Collet, est venu s’assoir avec nous, nous raconter le temps de la splendeur des potiers de Vallauris. Il en a côtoyé du beau monde ! Des anecdotes croustillantes, des commentaires aussi piquants que drôles, des amitiés, des déceptions, tout un monde s’animait quand il nous parlait.
Puis un jour, nous avons eu le privilège de visiter son atelier. Et là, l’homme d’esprit, un peu râleur et cabotin nous a ouvert les portes de son antre.
Roger Collet était un potier rigoureux à l’inspiration lumineuse. Son savoir-faire et sa sensibilité alliés à son intelligence des mains et du cœur nous ont transportés quelques instants, en visite dans la caverne d’Ali Baba.
Il est passé chaque jour ou presque, parfois juste pour dire bonjour, parfois pour nous encourager, parfois pour partager ce café qui aujourd’hui nous semble bien amer.
Nous l’appelions « Monsieur Collet », quand tout le monde l’appelait Roger.
Nous aimions cette marque de respect ostentatoire et un peu surannée, quand dans le même temps il laissait échapper un tutoiement à la fin d’une plaisanterie de potache.
Nous aimions l’appeler Monsieur Collet. Nous aimions le voir à la librairie. Nous aimions dire du mal de tout le monde avec lui, et du bien de tous les autres aussi. Nous aimions son regard étincelant, son espièglerie, sa vivacité d’esprit, et sa curiosité. Nous aimions sentir qu’il nous prenait en amitié. Nous aimions, sans même nous en rendre compte, sentir qu’il nous enveloppait petit à petit de son affection.
Nous aimions nous moquer un peu de lui à son départ, avec ce supplément d’attention pour les gens qui nous touchent vraiment, nous aimions parler de lui et en dire le plus grand bien.
Nous aimions pompeusement présenter à nos amis et nos connaissances, aux auteurs qui venaient à la librairie, ce « grand potier de Vallauris », et l’entendre systématiquement répondre « grand, oui, 1m70 ».
Cela fait deux jours que nous ne l’avons pas vu à la librairie.
Deux jours qu’il pleut sans discontinuer sur la ville.
Nous n’attendons plus.
Il reste tant de lui à l’intérieur de nous.
Merci pour avoir été là, pour votre humilité, pour votre humour, pour votre générosité.
La muse entrevoit encore vos moustaches … vous nous manquerez.
Un sucre Monsieur Collet ?
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