Les demeurées, de Jeanne Benameur
C’est un texte court et dense que propose Jeanne Benameur. Un texte qui parle des portes ouvertes par le langage, de l’école, de l’apprentissage, de ce que l’on doit forcément laisser derrière pour aller de l’avant.
Une femme que l’on appelle la demeurée ou la Varienne, vit isolée dans une ferme avec sa petite fille, Luce. Soudées dans un monde de communication non verbale, unies dans un univers qui leur appartient, que nul ne vient ni troubler, ni juger, elles vivent des existences, fusionnées, jumelées.
Pourtant un jour, la petite Luce doit se rendre à l’école du village, puisque l’école est obligatoire. De demeurées, ou même murées dans leur propre demeure, la mère et la fille vont ressentir la séparation comme une épreuve insurmontable, une inconnue terrifiante.
La mère patauge dans une angoisse mortifère qui ne connaît pas le répit de l’attente qui rapproche des retrouvailles, et l’enfant dans un refus obstiné de fissurer un présent aussi rassurant que muet.
Mlle Solange, l’institutrice, s’obstinera à sa tache, à apprendre les mots, les courbes et les lignes à l’enfant. Elle s’entêtera à entraîner Luce sur la voie de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
L’enfant se cabrera dans une fièvre intense pour échapper au combat de Mlle Solange, qui réalisera à quel point l’amour, au-delà des mots et du langage, peut unir deux êtres.
Finalement Luce apprendra, retiendra à sa manière tout ce que Mlle Solange a voulu lui transmettre, et sa maman acquiescera à ses progrès.
Beaucoup de métaphores et de symboles dans ce livre. Une plongée dans un monde silencieux qui bruisse et se tend de l’intérieur vers l’extérieur. La force qui habite les personnages (force de l’amour maternel, filial, force de la conviction, etc) rend parfois le récit d’une brutalité un peu caricaturale.
Jeanne Benameur, Les demeurées, Folio, 96 pages
Merci à Mme B., cliente de La Muse, qui nous a conseillé ce livre.
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