La farce des damnés, Antonio Lobo Antunes

Publié le par La Muse agitée

La farce des damnés, Antonio Lobo AntunesLe vieux va crever. Seul au fond de son lit, décrépi, à moitié pourri, totalement usé, il est sur le point d’y passer. On est en 1974, au Portugal. Au lendemain de la révolution des œillets.
La famille l’entoure. Cette famille qu’il a menée d’une main de fer. Chacun espère, au plus fort de son amertume, récupérer sa part du gâteau et fuir au plus vite en Espagne. Fuir avant que "les communistes" s’emparent des biens et des personnes, s’approprient les uns comme les autres.
Ils sont donc tous là, rassemblés autour du moribond, ce presque cadavre. Ils observent leurs silences ancestraux, leurs souffrances passées, comptent leurs secrets de famille mais ne tentent plus de cacher quoi que ce soit dans les placards.
C’est au contraire le moment de tout déballer. C’est l’heure du bilan. L’heure des comptes. Seuls les plus forts en réchapperont, c'est une évidence. Peut-être laisseront-ils les plus innocents hors de leurs combats à mort. Peut-être seulement.


Voici un roman d’une puissance phénoménale. Construit sur les bases d’une tragédie grecque, déstructuré par une écriture poignante, originale et moderne, il se reconstruit enfin à travers les destins de ses personnages.
Si l’on perd d’abord les unités de temps, de lieux, de liens entre ces vies abandonnées de toutes parts, c’est pour mieux recouper les évènements au cours des chapitres, et chaque geste, chaque parole, chaque drame, prend une nouvelle profondeur au fil des révélations.
Le passé se mélange au présent dans une danse macabre. Et c’est l’avenir de toute une famille, et peut-être de tout un pays, qui finit de se lire dans les entrailles de ses taureaux sacrifiés, de ses hommes mortellement avilis.
L’on touche au burlesque à force d’approcher du sordide.
C’est finalement bien une farce terrible que jouent ces damnés.

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Publié dans Romans

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