Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel
Brodeck vit dans un village de montagne perdu, oublié du monde et de ses restes de la seconde guerre mondiale. Etre on ne peut plus insignifiant, et qui tient à le rester, il est payé par une administration lointaine et ignorante de sa vie et de son travail, pour écrire des rapports sur la faune et la flore que personne ne lit. Après les horreurs qu’il a traversées lors de sa déportation, tout irait pour le mieux dans cette vie enterrée à ciel ouvert, s’il n’était pas soudainement chargé par l’ensemble des hommes du village d’écrire un nouveau rapport, celui de leurs vies, celui qui doit si ce n’est les innocenter, du moins expliquer le crime qu’ils ont tous commis en exécutant sauvagement un artiste étranger venu vivre parmi eux quelques mois auparavant. Pourquoi ce meurtre ? Quel lourd passé est donc venu s’abattre sur leurs épaules à l’arrivée de ce poète ? Comment l’œil de l’artiste a-t-il pu provoquer une telle violence dans un village d’apparence aussi paisible ? L’écriture de ce rapport est l’occasion pour tous, et surtout pour Brodeck, d’affronter à nouveau les heures les plus sombres de cette confrérie d’êtres qui se tolèrent dans leurs silences sans pouvoir vivre ensemble à découvert.
On retrouve dans ce roman humaniste la puissance évocatrice de l’auteur de « Les âmes grises », mêlée d’une pointe de la poésie de « La petite fille de M. Linh ». Philippe Claudel signe sans doute ici son roman le plus abouti, le plus fort, en tous les cas le plus original.
A dévorer.
Prix Goncourt des Lycéens
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