La maison des rencontres, de Martin Amis
Le vieil homme est usé mais sa plume est encore acerbe et vive. Russe émigré aux Etats-Unis, il retourne à ses racines, à son pays, dans l'endroit le plus affreux de la terre : le goulag qui l'a vu se transformer en bête. Encore que, pas tout à fait, il y avait déjà eu la guerre avant cela, dont il revint auréolé de gloire et pourri de méfaits.
Dans une tournure qui mélange passé et présent, dans une lettre intime à l'adresse de sa belle-fille, il analyse avec lucidité la situation de son pays, la guerre en Tchétchénie, les horreurs du passé, et celles qui s'annoncent à l'avenir. Il se remémore surtout l'amour qu'il a eu pour son frère, et pour la fiancée de ce dernier, qui des deux a choisi la vie plutôt que rien. Et il est tellement convaincant dans sa description des névroses russes que l'on finit par se demander pourquoi elle n'a pas plutôt préféré rien. Il revient enfin sur l'épisode qui aura marqué à jamais les destins entremêlés de ces trois errances immobiles : l'ultime perdition d'une union amoureuse à la Maison des Rencontres, lieu prévu par l'Etat pour organiser le temps d'une nuit les retrouvailles entre maris et femmes séparés par la colonie pénitentiaire.
Un roman emplit de doutes et de certitudes, qui laisse le lecteur dans un trouble certain, tant dans l'analyse de la situation russe, que dans l'évocation plus globale de la condition humaine lorsque l'homme se perd en sa violence.
Il y a quelque chose d'assez vertigineux à lire La Maison des Rencontres juste après L'homme qui tombe (de Don DeLillo). Les deux auteurs posent chacun, à travers la lorgnette de leurs personnages, un regard sensible et intelligent sur les cultures dépressives des deux nations les plus puissantes du monde.
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