Sauvages, de Melanie Wallace
La guerre de sécession a déchiré ces êtres de part en part. Ils ont rempilé dans l’armée car ils ne savent rien faire d’autre.
Ils se retrouvent au fin fond de l’Ouest Américain. A la bordure des territoires sauvages, que les blancs voudraient bien définitivement conquérir.
Le fort est le dernier maillon de la chaîne. Le dernier poste de la civilisation, sur une route autrefois fréquentée par les colons, mais depuis longtemps abandonnée.
Le commandant du fort, Robert Cutter, ne fait plus grand-chose pour garder un semblant de dignité. Les tâches les plus courantes ne sont plus effectuées par ses soldats, qui attendent, écrasés par le soleil, le ravitaillement et la paye, en retard de plusieurs semaines.
Ils sont oubliés de tous. Ils meurent à petit feu. Ils restent là car ils n’ont pas même la force d’imaginer qu’il puisse en être autrement.
Une de leurs troupes revient un jour d’une mission en territoire indien. Elle ramène deux femmes blanches, capturées quatre ans plus tôt par les sauvages, et enfin libérées.
Si la première de ces femmes paraît avoir subi les pires atrocités et relate avec force détails sa détention, la seconde, Abigail Buwell, ne dit pas un mot, semble avoir oublié sa langue natale, et adopté les coutumes de ses ravisseurs.
Elle est enceinte. On l’a arrachée « pour son bien » à un mari et un enfant. Il ne lui reste plus qu’un mystérieux cheval au pelage bleu, qui veille jalousement sur elle.
Elle doit être rendue à la civilisation, sauvée par les bienfaits de l’ordre et de la piété.
Abigail a enduré tout ce qu’une femme peut endurer pendant une vie de violence. Personne ne connait son histoire, personne n’en saura rien, mais on vient de la tuer en l’arrachant à ceux qui, pour la première fois de sa vie représentaient « les siens ».
Son malheur semble porté par une destinée terrible, ce qui n’échappe pas aux soldats.
Cette femme est étrange, son histoire inquiétante, son cheval dangereux, ses rites jugés atroces.
Tout cela n’engendrera rien de bon, tout le monde le sait, même Robert Cutter qui fait pourtant tout ce qu’il peut pour lutter contre ses propres démons afin de sauver Abigail.
Mais plus rien ne peut l'arracher à son épouvantable destin.
L’inéluctable s’est mis en marche dès sa naissance. Il est en route pour sa dernière traversée.
Il s'agit du premier roman de Mélanie Wallace. On y trouve déjà cette science innée du récit. Cette marche implacable de l'écriture vers la mystique destinée de ses personnages. Un roman puissant, qui accroche le lecteur de la première à la dernière page, parsemé d'anecdotes passionantes sur les rites indiens.
Melanie Wallace, Sauvages, Grasset, 340 pages
Du même auteur : La vigilante
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