Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, Didier Decoin
New-York, un quartier paisible du Queens, 1964.
Kitty Genovese rentre de son travail nocturne vers 3 heures du matin. Elle se gare à quelques mètres de chez elle. Un homme est là, qui rôde, en quête d'une Kitty Genovese. Il la suit. Elle accélère le pas, mais cela ne suffira pas. Il l'agresse, en pleine rue, lui donne deux coups de couteau dans le dos. Elle s'affale. Il s'acharnera sur elle. Une demi-heure. D'abord dans la rue, puis dans le vestibule de son immeuble, où elle a cru un court instant pouvoir lui échapper. Il s'acharnera sur son corps, lacéré, violé. Une demi-heure durant.
Il s'agit d'un fait divers comme tant d'autres, malheureusement. Le criminel est retrouvé rapidement, écroué, jugé. La société débarrassée de cette horreur. A peine un entrefilet dans la presse. L'histoire de cette femme est vouée à l'oubli.
Mais voilà, le policier chargé de l'enquête ne s'en tient pas là. Il a besoin de parler, et ce qu'il va révéler à un journaliste du Times va bouleverser l'opinion publique américaine.
En effet, si l'assassin a pu violenter cette pauvre femme pendant plus de 30 minutes sans être inquiété, il s'avère que ce policier a pourtant, dès le lendemain, reçu quelques 38 témoignages. 38 témoins qui ont permis à la police de reconstituer le crime dans ses moindres détails. 38 témoins dont pas un n'est intervenu, dont pas un n'a même appelé la police. Jusqu'à ce jeune voisin de Kitty qui, ayant vu la scène depuis la cage d'escalier, a préféré téléphoner à sa petite amie pour lui demander quoi faire, et elle de répondre de ne surtout pas s'en occuper, de se recoucher et de faire comme si rien ne se passait !
Didier Decoin décrit les circonstances de ce crime qui a marqué l'amérique bien-pensante des années 60. Il s'attarde sur les réactions des voisins, des habitants du quartier, de tous ceux qui ont vu ou entendu, sans rien faire pour venir en aide à la pauvre Kitty. Enfin, il explique ce phénomène depuis appelé "syndrôme de Kitty" : plus il y a de témoins à un crime ou un accident, plus la probabilité que personne n'intervienne est forte. La responsabilité de chacun paraît se diluer dans la masse.
La jeune Kitty est morte dans d'atroces conditions parce que trop de personnes ont assisté à son agression.
Certes, le cas fait froid dans le dos, et renvoie chacun à soi-même, à ses propres responsabilités, à son courage, à sa capacité à se mobiliser contre la souffrance de son prochain. Pour autant, en faire un livre n'était pas forcément nécessaire, ou alors il aurait fallu pousser la réflexion beaucoup plus loin. Un livre intéressant mais qui laisse un peu sur sa faim.
L'avis de Bab's, qui a un autre point de vu sur cet ouvrage.
Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, Grasset, 225 pages