Le rêve de Machiavel, de Christophe Bataille

Publié le par La Muse agitée

Italie, 1527. La peste frappe le pays. Un homme s’est enfui de Florence où la maladie sévit, et arrive aux portes d’une petite ville toscane encore épargnée.
Cet homme est un prince, un conseiller des rois, un homme de lettres, de connaissances, un être qui a longtemps eu droit de vie et de mort sur ses congénères par sa simple parole.
Il connait le monde, il connait la vie, et surtout la mort, il connait les hommes, et leurs vices, il connaît le pouvoir, ses rouages, ses limites, ses devoirs, ses droits et ses excès.
Cet homme est Machiavel. Il se croit encore Prince sans doute. Mais il vient de Florence la maudite, et plus rien ne compte. Ses titres sont sans valeur, ainsi même que ses diamants.
La peur a raison de tout, et lorsque le peuple n’ose plus boire ni manger, l’argent et le pouvoir n’ont plus de signification.
Le Prince Machiavel est littéralement mis à nu, on l’observe, on cherche les petites tâches grises, on n’en trouve pas, puis on le fait rentrer dans la ville.
Quelques jours passent, et la mort s’abat à nouveau. Elle rôde dans la cité, s’insinue dans chaque recoin, s’engouffre, et finit par s’établir en maîtresse sur son nouveau royaume.
Lorsque brûler les cadavres ne suffit plus, on s’en prend aux vivants qui les ont approchés, aux sorcières, aux juifs, aux parias, à tous ceux qui pourraient représenter la cause de ces malheurs.
Lorsque même les bourreaux ont peur de la mort, c’est que la barbarie a atteint son âge de raison.
Machiavel se cache, rôde, un couteau en main, trouve refuge dans une auberge abandonnée, et tente comme il peut de survivre à ce cauchemar.
Il sauve un jour une jeune fille de la torture et des flammes. Une jeune fille qui montre manifestement les signes avant-coureurs de la peste. La sauver, c’est déjà s’attacher.
Il la protège, la soigne tant qu’il peut. Il l’aime.

Voici probablement l’ovni littéraire de la rentrée. Christophe Bataille imagine les jours de Machiavel lors de la peste de 1527, en se basant sur ses écrits.
Il lui crée cet amour, le dernier, celui peut-être de la rédemption.
Derrière l’anecdote, c’est Machiavel lui-même qu’il réinvente, réhabilite. L’homme qu’il fut, au-delà de l’image populaire qui en est restée.
Un homme hanté, qui a peur, qui veut vivre, qui aime encore, qui observe, qui pense et qui s’émeut.
Ce n’est pas un diable humanisé. C’est un homme, tout simplement. Et voilà l’autre partie de ce roman mystérieux : une réflexion imagée et implicite sur la condition humaine.
La langue est riche, soutenue, très belle, à la fois classique et moderne. C’est un long rêve que nous propose de visiter l’auteur. Un long rêve qui s’éternise dans une réalité imaginée. Certains le trouveront impénétrable, sans doute. On se dit que Christophe Bataille est trop ambitieux. Et puis on termine le livre sans même s’en rendre compte, et on loue son auteur de nous offrir quelques bouts de ses ambitions démesurées.


Editions Grasset, 215 pages
Rentrée Littéraire 2008

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Publié dans Nouveautés

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